On n’oublie jamais comment sourrire / We Never Forget How to Smile

Traditional Dutch hand-stitched wall hanging
Traditional Dutch hand-stitched wall hanging. A gift from my grandma.

*** English Translation Below ***

On n’oublie jamais comment sourrire

La mémoire est un cadeau précieux et invisible. La mémoire offre le cadeau de l’organisation, de la nostalgie et des souvenirs. Cela étant, on le tient souvent pour acquis jusqu’au moment où cette capacité cognitive nous est enlevée. Dès que l’on oublie quelque chose, on blâme rapidement notre incapacité pour stocker les informations qui nous bombardent ou la même vieillesse. Ceux-ci se présentent comme défi à la mémoire à cours et à long terme.

Mes souvenirs de ma grand-mère me chauffent le cœur. Je me souviens d’être assis à sa table de manger au réveillon, entouré de famille. Je me souviens d’être à son ordinateur avec ma petite sœur en décorant un arbre de Noël virtuel avec des lumières scintillantes et des boules dorées. Je me souviens de son parfum de tabac qui me chatouillait le nez, des sacs en plastiques remplis de boules de laines éparpiller dans son appartement et de la carte géographique de la Hollande, son pays de naissance.  Bref, ma mémoire retrace les morceaux de tissues fragmentés de ma grand-mère ensemble pour réaliser une courtepointe représentative d’une amicale et bien-aimée. Cette couverture imaginaire m’enveloppe et me rassure, comme elle le ferait pour tous petits-enfants qui s’en souviennent peu de leurs grands-parents avant que la maladie ne les touchent.

Avec les années, ses souvenirs se transforment. Je me souviens des visites de plus en plus fréquentes à son appartement. Je me souviens qu’il fallait répéter mon âge plus souvent. Je me souviens d’avoir peur d’être dans le siège arrière de sa voiture. Je me souviens du jour que ma grand-mère oubliait qu’elle fumait. Je me souviens de son déménagement au Nursing home. Je me souviens de tout et ma chère grand-mère avait de la difficulté à ouvrir le tiroir de sa mémoire et s’en souvenir de mon nom.

On dit que le monoxyde de carbone est un tuer silencieux, car il est sans odeur, ni couleur, ni goût… Ce gaz invisible ne laisse aucun signe de sa présence.  Ces victimes sont incapables de reconnaître la menace et tombe sans connaissance avant même qu’ils  s’en aperçoivent. Cependant, je dirais que l’Alzheimer et la démence sont encore pires que le monoxyde de carbone. Il s’approche sur la pointe des pieds et s’infiltre tranquillement dans le cœur et l’âme de ses victimes. Souvent on associe l’oubli à la vieillesse, on dit que c’est normal et sans danger. C’est ainsi que les diagnostics déclarent que c’est trop tard. Au contraire du monoxyde de carbone, la mort de ses victimes n’est pas instantanée.

Ma grand-mère fut diagnostiquée avec la maladie de l’Alzheimer en 2006. Étant donné mes onze ans d’expérience limitée, je ne savais pas à quoi m’attendre. Il fallait simplement répéter mon nom ou répondre encore et encore à la même question. Elle souriait à chaque visite. Elle riait à chaque blague. Elle était remplie de bonheur.

Pour mon père et mon oncle, le souvenir de leur mère est rempli de sourire malgré leur situation économique. Comme mère solitaire depuis les années 60, elle choisit de quitter son mari pour le bien-être de soi et celui de ses enfants.  Les souvenirs de ces deux fils sont remplis d’images d’une femme forte, courageuse et déterminée. Ma grand-mère travaillait inlassablement pour donner à ses garçons une bonne éducation et une vie heureuse. Par après, ses fils lui ont montré leur gratitude et leur amour en prenant soin d’elle lorsqu’elle oublie comment conduire, lire et manger. Tout au long, elle était quand même la mère souriante de leur jeunesse ; une mère qui leur a toujours encouragé à s’épanouir. Elle sourit malgré le conflit interne qui oppose son âme à son cerveau et sa volonté à son corps.

Le 27 mars 2016, le dimanche de Pâque, le monstre de l’Alzheimer achève son point culminant. Ma chère grand-mère, entourée par sa famille qui l’aime énormément, oublie comment respirer. Elle s’est enfin libérée d’un corps terrestre dont elle n’avait plus le contrôle.

Malheureusement, l’Alzheimer est encore largement un mystère. La Société Alzheimer canadienne se penche, d’une part, sur la recherche pour apprendre davantage sur cette maladie inconsolable. D’autre part, elle offre un soutien aux victimes et leurs familles. Cet article n’a pas pour but ni inspirer, ni transmettre une leçon. Je l’ai simplement rédigé pour acheminer mes énergies par le médium de l’écriture et partager son histoire. J’aurais voulu rencontrer la jeune femme qui avait le courage d’élever ces deux enfants toute seule dans une époque où les mères célibataires étaient marginalisées. Toutefois, j’ai eu la chance de connaitre son sourire, et son merveilleux sourire révélait son courage tranquille et son bonheur. Merci pour les beaux souvenirs Grandma Chris.

Pour se renseigner davantage sur la maladie de l’Alzheimers ou pour faire un don, cliquez ici.

En mémoire de Christina Leunissen (Grandma Chris).

 

Article originally published on Wingd, April 11th, 2016. 

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We Never Forget How To Smile

Remembering is a precious and invisible gift. Memory offers the gift of organization, of responsibility and of nostalgia. Yet, the capacity to remember is often taken for granted until the moment that it’s ripped away.

My memories of my grandma warm my heart. I remember being seated at the head of the table in her small Commissioners Rd. apartment on Christmas eve. I remember Marie and I decorating a virtual Christmas tree on her computer with sparkling ornaments and bright multicolored lights. I remember the smell of cigarettes tickling my nose as I sat amongst the plastic bags bursting with wool. And I remember her map of the Netherlands, her motherland on the other side of the ocean, greeting me as I walked into her home. My childhood memories of her are sewn together like a quilt, familiar and reassuring to the grandchild that loved her dearly.

Over the years, however, my memories changed. I remember visiting her apartment more regularly. I remember repeating my age a lot more often. I remember the day my father told us, incredulously, that grandma forgot she was a smoker. I remember her big move to the nursing home.

Grandma Chris was diagnosed with Alzheimers in 2006. At the time, given my limited 11 years of experience, I didn’t know what Alzheimer’s meant. I simply repeated my name and answered her questions more than once. But she still smiled every time she came to visit. She laughed at every joke. As far as she knew, she was happy.

My dad and oncle’s memories of their mother are filled with her smile, despite their share of hardships. She was a single mom in the 60s, a time when single mothers were uncommon and marginalized. Her son’s memories are filled with a strong, courageous and resilient woman. She worked tirelessly to give her sons an education and a happy fulfilling life. And in sickness, her sons expressed their gratitude and love by taking care of her when she forgot how to drive, how to read and how to eat. Through it all, she was always the smiling mom they remembered from their childhood. She smiled despite the internal conflict that pit her mind against her body, and her memory against her heart.

On March 27th, 2016, Easter Sunday, surrounded by loved ones, Grandma Chris forgot how to breathe. She was finally freed from a body she could no longer control.

Over the summer, I’ve been working at London’s Cross-Cultural Learner Center. At the Center, I’m steeped in the challenges and heartbreaks experienced by immigrants and refugees. I’ve heard stories of political repression, harrowing escapes, and war-torn families. But I’ve also heard stories of unshakable hope, of families reunited, and of love conquering fear. As the eldest Geelen, Grandma Chris smiled and braved the unknown. She helped take care of her 9 younger brothers and sisters as they struggled with integrating into a new country, learning a new culture, and speaking a new language. I have come to appreciate her smile even more now in the last month. My dad and my sister inherited her smile. Marie wanted to be here today, but I know that even in Ottawa she’s thinking of her beloved grandma.

We never forget how to smile. Even in sickness, as Grandma Chris forgot names and faces, she never forgot how to smile. I will never forget her smile.

Ter nagedachtenis van Grandma Chris. Rust in vrede.

In Memory of Grandma Chris. May you rest in peace.

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