Déconstruire la xénophobie

Déconstruire la xénophobie

 

Le dictionnaire Larousse définit la xénophobie comme étant une “hostilité systématique manifestée à l’égard des étrangers”. En d’autres mots, c’est la peur de l’étranger; une peur de l’inconnue. Bref, la xénophobie se caractérise par un comportement de peur entre “nous” et “eux”. Pourquoi ? Pourquoi avons-nous autant peur de « l’autre » ? En vue des évènements de novembre qui ont bouleversé les États-Unis, et franchement la communauté internationale entière, le sujet de la xénophobie est une priorité mondiale.

D’abord, je veux que vous comprenez la différence entre le racisme et la xénophobie, puisque ces deux termes sont utilisés de façons interchangeables par les médias. Comme nous l’avons précisé, la xénophobie est la peur systématique de l’autre. Par ailleurs, le racisme signifie deux choses :  une idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie des “races” humaines” ou une attitude d’hostilité systématique à l’encontre d’une catégorie déterminée des personnes. La différence est assez significative, malgré le fait que ce n’est pas une distinction bien connue. En tant qu’étudiante d’anthropologie, j’avance une analyse anthropologique du phénomène de racisme et de la xénophobie.

Le champ académique de l’anthropologie est au cœur des études du racisme, du nationalisme et des tensions ethniques. D’une part, l’anthropologie nous enseigne les divers modes de vie et les diverses cultures qui enrichissent la planète. Les fondateurs de l’anthropologie comme Franz Boas, Bronislaw Malinowski, Ruth Benedict, Margaret Mead, Claude Lévi-Strauss et Edward Evans-Pritchard nous ont exposé aux innombrables réalités quotidiennes à l’extérieur l’Occident. Par exemple, ils nous ont enseigné le système d’échange économique du peuple Kwakiut. D’autre part, les rituels et les croyances magiques pratiqués par les Trobriandais et la sexualité et l’ère d’adolescence aux Samoa.

Par contre, l’anthropologie a aussi solidifié l’idée d’une hiérarchie des cultures et des ethnies. En effet, les créateurs de cette pyramide de races fictive ont catégorisé les cultures découvertes selon trois catégories : les sauvages, les barbares, et les civiles. C’est évident que les hommes blancs, anglo-saxons, chrétiens et hétérosexuels se sont considérés comme étant au sommet de la civilisation : l’objectif primordial d’évolution pour tous les peuples de la planète. Une variété de critères fut prise en compte telle que l’agriculture, l’écriture et les croyances spirituelles.

De plus, les anthropologues renforçaient la notion selon laquelle que tous les humains n’étaient pas de la même race. Effectivement, pour des centaines d’années, la discipline enseignait qu’il existait des races inférieures que d’autre. Depuis les années 1960, les anthropologues et les scientifiques en biologies ont constaté qu’il n’existe qu’une race humaine. Je répète, il n’existe qu’une race humaine. La peur systématique de l’autre pour n’importe quelle raison est construite sur la notion selon laquelle toutes cultures sur la terre sont différentes. Parmi ces différentes ethnies en constante tension, il existe une culture supérieure aux autres.

Ce bref aperçue prouve la complicité des anthropologues par rapport au systématisation du racisme et de la peur de l’autre. Mais plus encore.

Les textes de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss nous expliquent que le phénomène de la relativité culturelle, c’est-à-dire l’idée selon laquelle ta culture est meilleure que toute autre est toute-à-fait naturel. Ce réflexe se manifeste davantage, de façon parallèle, avec la mondialisation et la multiplication des réseaux internationaux. À mesure que « nous » rentrons en contact avec « eux », l’identité de chacun se construit vis-à-vis l’identité de l’autre.

En 2016, vous vous souvenez sans doute, deux élections politiques qui ont révélé la peur ressentie par des certaines de sociétés en Occident. La xénophobie s’est manifestée chez les campagnes électorales et référendums pour inciter un mouvement de renfermement sur soi. Ces positions politiques anti-immigration etantimondialisation envisagent des conséquences sociales énormes ! Une rupture divise de plus en plus « nous » et « eux ». Au lieu d’encourager le respect et la tolérance des autres, on observe une peur accrue que celui-ci aille nous voler notre identité culturelle. Voilà la tragédie du 21e siècle! La peur de l’autre au point de haïr. Pourtant, il faut dès aujourd’hui se rendre compte qu’inclure « l’autre », c’est-à-dire la panoplie de culture non occidentale offre un avantage et une richesse inégale plutôt qu’une source de haïne.

Cela serait ignorant d’assumer que des décennies d’enseignement raciste et de discrimination systématique sur la base des apparences physiques peuvent être effacées par un simple article. Donc, je propose un seul conseil tout simple pour briser le cycle vicieux de la xénophobie :  voyager. En particulier, faites un échange !  C’est cliché, mais voyager et vivre dans les souliers de « l’autre » ouvre les yeux. Faire un échange oblige à l’aventurier de rencontrer des nouvelles personnes, des nouvelles cultures, des nouvelles façons de vivre…. Affronter cette peur de l’autre par l’intermédiaire d’un échange ou simplement de voyager est notre première défense contre le racisme et la xénophobie. Je vous garantis que n’importe quel courageux qui relève le défi sera transformé en citoyen internationale.

 

Article originally published on Wingd, December 14th, 2016.